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ToggleIntroduction
Vous avez peut-être déjà vécu cela : vous voulez sincèrement avancer, mais au moment d’agir, une autre envie prend la main.
Vous ouvrez votre téléphone “deux minutes”, vous cherchez une information, vous mangez sans faim réelle, vous remettez la tâche importante à plus tard. Puis vous culpabilisez.
Le problème n’est pas forcément un manque de volonté.
Souvent, il y a un conflit entre plusieurs désirs : le désir de confort immédiat, le désir d’appartenance, le désir de reconnaissance, et un désir plus profond, plus calme, plus exigeant aussi.
C’est précisément ce que le livre Le désir, une philosophie de Frédéric Lenoir aide à penser : le désir n’est pas l’ennemi.
Mais s’il n’est pas éclairé, il peut devenir un pilote automatique.
Le livre est présenté par Flammarion comme une réflexion sur le désir comme moteur de l’existence, et Frédéric Lenoir est philosophe et sociologue, docteur de l’EHESS.
J’insiste justement sur ce point : on ne passe pas à l’action durablement en se faisant violence, mais en réaccordant corps, émotions et esprit.
En bref
- Le désir est un moteur vital, mais il peut aussi alimenter l’évitement.
- Le cerveau récompense fortement les comportements à gratification immédiate.
- Les écrans, les notifications et l’abondance moderne exploitent ce biais.
- Une partie de vos désirs est aussi sociale : vous pouvez vouloir ce que les autres valorisent.
- La vraie question n’est pas “comment ne plus désirer ?”, mais “quel désir voulez-vous servir ?”
- Reprendre la main passe moins par la force brute que par l’environnement, la clarté et l’alignement.
Envie d’avancer sans vous disperser ?
Qu’est-ce que le lien entre désir et procrastination ?
Vous ne procrastinez pas toujours parce que vous ne voulez rien faire, mais souvent parce qu’un désir plus immédiat prend la place du désir le plus important.
Le désir n’est donc pas l’opposé de la procrastination.
Il peut en être le carburant caché.
Vous remettez une tâche importante non parce que vous êtes “paresseux”, mais parce qu’un autre circuit gagne la compétition : repos, distraction, validation sociale, soulagement émotionnel, curiosité sans limite, confort.
C’est pour cela qu’une personne intelligente et motivée peut malgré tout rester bloquée.
La procrastination n’est pas seulement un problème d’organisation. C’est souvent un problème de hiérarchie des désirs.
Pourquoi la récompense immédiate prend-elle si souvent le dessus ?

Parce que notre cerveau n’évalue pas spontanément toutes les récompenses de façon neutre.
Le striatum joue un rôle important dans les circuits de récompense et d’apprentissage.
Les travaux de synthèse en neurosciences montrent que les circuits dopaminergiques liés au striatum participent à l’apprentissage par récompense, à la motivation et à la décision.
Ils ne “créent” pas à eux seuls tous nos comportements, mais ils pèsent fortement dans l’orientation de l’action.
Autrement dit, quand une gratification est proche, facile, répétable et disponible tout de suite, elle a souvent un avantage sur une récompense plus lointaine.
C’est ce qu’illustrent les recherches sur le delay discounting : nous avons tendance à dévaluer les bénéfices futurs au profit des bénéfices immédiats.
Cette préférence est associée à davantage de comportements impulsifs et à plusieurs difficultés d’autorégulation.
L’expérience dite du “marshmallow test” a longtemps été présentée comme la preuve simple qu’il suffirait d’attendre pour réussir sa vie.
Erreur fréquente
Croire que tout se joue dans la volonté.
Non. La volonté compte, mais elle fatigue vite si l’environnement pousse en sens inverse.
Pourquoi les écrans captent-ils si bien notre désir ?

Parce qu’ils cumulent presque tout ce que le cerveau aime : nouveauté, récompense variable, curiosité, validation sociale, facilité d’accès et soulagement émotionnel immédiat.
Les notifications peuvent perturber l’attention et le contrôle cognitif, tandis que l’usage problématique du smartphone est associé à la procrastination du coucher et à une moins bonne qualité de sommeil.
Ainsi plus vous êtes fatigué.e, plus il devient difficile de résister à la sollicitation suivante.
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9671478/
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10244611/
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11059092/
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10604906/
À cela s’ajoute un autre facteur : notre curiosité.
Les recherches sur les mécanismes dopaminergiques suggèrent qu’ils participent aussi à la motivation à rechercher de l’information.
Ce n’est pas une preuve qu’un “je vérifie juste un truc” mène forcément au scroll sans fin, mais cela éclaire bien pourquoi les environnements numériques peuvent si facilement entretenir une consultation répétée et nous éloigner de l’essentiel.
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7725498/
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3032992/
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5861725/
Aujourd’hui, l’abondance a changé l’échelle du problème. Le désir n’a pas disparu. Il a trouvé des objets illimités. Nourriture ultra-disponible, flux d’informations infinis, porno, achats impulsifs, vidéos courtes, réseaux sociaux : il n’y a presque plus de signal naturel d’arrêt.
Exemple
Vous avez prévu d’écrire un mail important.
Vous ouvrez votre ordinateur.
Une notification arrive.
Puis une autre idée.
Puis une recherche “utile”.
Vingt-cinq minutes plus tard, vous n’avez rien produit, mais vous avez déjà obtenu plusieurs micro-récompenses.
Le vrai coût n’est pas seulement le temps perdu. C’est la fragmentation intérieure.
Le désir mimétique : voulez-vous vraiment cela… ou voulez-vous faire comme les autres ?

Le désir mimétique désigne l’idée selon laquelle nous désirons souvent une chose parce que d’autres la désirent ou la possèdent déjà.
Cette idée est centrale chez René Girard.
Des sources de référence résument sa thèse ainsi : nous ne désirons pas uniquement des objets pour eux-mêmes, mais aussi parce qu’ils nous sont médiatisés par d’autres modèles. Le désir devient alors imitation, comparaison, parfois rivalité.
C’est ici que la lecture du livre de Frédéric Lenoir est très féconde pour la procrastination.
Car beaucoup de projets que l’on poursuit ne sont pas vraiment les nôtres.
On veut “réussir”, “être visible”, “avoir un meilleur statut”, “faire comme il faut”, “ne pas être largué”.
Mais quand le projet n’est pas suffisamment habité de l’intérieur, l’élan est fragile.
Vous pouvez alors vivre un paradoxe douloureux :
vous vous mettez beaucoup de pression… pour un objectif qui ne vous nourrit pas vraiment.
Un désir imité peut donner de l’énergie au début.
Mais il tient rarement dans la durée s’il n’est pas relié à quelque chose de profondément vivant en vous.
Comment distinguer un désir impulsif d’un désir profond ?

Voici un test simple.
Un désir impulsif :
- cherche une récompense rapide,
- supporte mal la frustration,
- vous laisse souvent plus vide après qu’avant,
- dépend beaucoup du contexte,
- augmente quand vous êtes fatigué, stressé ou seul.
Un désir profond :
- peut demander un effort,
- apporte souvent plus de paix que d’excitation,
- reste présent dans le temps,
- vous rend plus cohérent,
- nourrit votre estime de vous.
- Frédéric Lenoir présente le désir comme moteur de vie, mais aussi comme une question philosophique décisive : qu’est-ce qui vaut vraiment la peine d’être désiré ?
Son travail récent autour de Spinoza confirme cet intérêt pour la liberté, la joie et la manière d’orienter sa vie.
C’est là que la procrastination devient un révélateur. Elle peut signaler :
- soit un évitement émotionnel,
- soit une fatigue réelle,
- soit un mauvais cadrage,
- soit un objectif mal choisi.
Parfois, vous ne manquez pas de discipline.
Vous manquez de vérité intérieure.
Méthode pas à pas pour remettre le désir au service de l’action

1. Nommez la vraie compétition
Quand vous procrastinez, ne demandez pas seulement : “Pourquoi je n’agis pas ?”
Demandez : “Quel désir est en train de gagner ?”
Exemples :
- confort,
- distraction,
- réassurance,
- perfection,
- reconnaissance,
- soulagement.
2. Réduisez les désirs parasites dans l’environnement
Coupez les notifications.
Éloignez le téléphone.
Préparez votre espace de travail.
N’achetez pas ce que vous essayez justement de limiter.
L’environnement ne fait pas tout, mais il évite de transformer chaque journée en combat de volonté.
3. Réintroduisez une récompense saine et proche
Une tâche importante mais trop abstraite perd souvent contre un plaisir immédiat.
Ajoutez donc :
- un créneau court,
- une fin claire,
- un retour visible,
- une micro-victoire.
Exemple : “Je travaille 20 minutes sur le plan, pas sur tout l’article.”
4. Vérifiez si le projet est réellement vôtre
Posez-vous trois questions :
- Est-ce que je désire cela… ou l’image de cela ?
- Est-ce que je serais fier de ce choix sans regard extérieur ?
- Est-ce que ce projet me nourrit même lentement ?
5. Reconnectez le corps
Quand le corps est épuisé, le cerveau choisit plus facilement l’immédiat.
Sommeil, mouvement, pauses, alimentation, respiration : ce n’est pas du “bien-être en plus”. C’est de la régulation de base.
Mon approche corps–émotions–esprit proposée au sein du Club [Accélération] prend ici tout son sens.
6. Faites monter la valeur du futur
Écrivez noir sur blanc :
- ce que vous gagnez si vous tenez 30 jours,
- ce que vous perdez si vous continuez à céder,
- pourquoi ce cap compte pour vous maintenant.
Le futur devient plus motivant quand il devient concret.
7. Créez un rendez-vous avec votre désir profond
Chaque semaine, prenez 20 minutes pour répondre à cette question :
“Ce que je poursuis en ce moment me rend-il plus vivant… ou seulement plus occupé ?”
Gardez cette question en tête. Elle évite bien des années de dispersion.
Exemple concret
Prenons le cas d’une personne brillante, sensible, multiprojet.
Elle veut lancer une activité qui lui ressemble.
Mais elle passe ses soirées à scroller, à se comparer, à acheter des formations qu’elle ne suit pas, à refaire sa stratégie au lieu d’agir.
Vu de l’extérieur, on dira : “manque de discipline”.
En réalité, il y a quatre désirs concurrents :
- le désir de sécurité,
- le désir d’être validée,
- le désir d’éviter l’échec,
- le désir plus profond de créer quelque chose de juste.
Tant que les trois premiers gouvernent, l’action reste hachée.
Le vrai tournant arrive quand elle accepte de simplifier, de se comparer moins, de réduire les sollicitations et de servir un désir plus sobre mais plus vrai.
C’est aussi l’objectif du test de procrastination proposé : mieux identifier son fonctionnement avant d’empiler des solutions génériques.
Erreurs fréquentes
Vouloir supprimer tous ses désirs
Mauvaise piste. Le but n’est pas l’anesthésie. Le but est l’orientation.
Attendre d’avoir “envie”
Le désir profond n’est pas toujours euphorique. Il est parfois discret, stable, presque humble.
Se juger trop vite
La honte fatigue. Et une personne fatiguée choisit plus facilement le court terme.
Confondre ambition et imitation
Vouloir mieux n’est pas un problème.
Vouloir mieux uniquement pour ne pas être “moins que” finit souvent en vide.
Pourquoi cette approche fonctionne
Parce qu’elle ne réduit pas la procrastination à un défaut moral.
Elle tient compte du cerveau, de l’environnement, du rapport au corps, des émotions, et du sens réel des objectifs.
Si vous sentez que cela tourne en boucle : vous pouvez aussi découvrir l’accompagnement de Xavier Foucher, en Paris 11 ou en visio :
FAQ
Non. Le problème n’est pas le désir en lui-même, mais son orientation. Un désir immédiat peut prendre le dessus sur un désir plus important.
Non. La dopamine participe aux circuits de récompense et d’apprentissage, mais la procrastination implique aussi les émotions, le contexte, la fatigue, les croyances et l’environnement.
Parce que la fatigue réduit votre capacité d’autorégulation et rend les récompenses immédiates plus attirantes.
Souvent oui, surtout quand ils multiplient les notifications, la recherche d’information et le report du coucher.
Regardez s’il vous nourrit dans la durée, même sans validation extérieure. Sinon, il est peut-être surtout mimétique.
Oui, en rendant le futur plus concret, en réduisant les tentations et en fractionnant l’action. Les recherches sur le délai de gratification montrent que des stratégies cognitives et le contexte comptent beaucoup.
Quand vous comprenez beaucoup de choses sur vous-même mais que cela ne se traduit toujours pas en mouvement durable.
Conclusion

Le vrai sujet n’est peut-être pas : “Comment arrêter de procrastiner ?”
Le vrai sujet est peut-être : “Quel désir suis-je en train de servir, chaque jour, par mes choix ?”
Un désir peut vous disperser.
Un autre peut vous structurer.
Un autre encore peut vous réconcilier avec vous-même.
C’est là que ce livre de Frédéric Lenoir est précieux : il ne vous invite pas seulement à vous méfier des désirs qui vous dominent. Il vous invite à chercher ceux qui vous rendent plus libre.
Et si votre procrastination était moins un défaut… qu’un signal vous demandant de retrouver un désir plus juste ?
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Podcast : Désir et procrastination : pourquoi vos envies vous dispersent parfois… et comment les remettre au service de votre vie

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